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Le 11 février 1858 au soir, Bernadette Soubirous, jeune fille du pays de Bigorre âgée de 14 ans, issue d’une famille pauvre, se retrouve avec les siens pour la prière du soir dans les 16 mètres carrés qui constituent en tout et pour tout le logement familial. Elle vient de faire une expérience extraordinaire durant la journée. En allant chercher du bois à la grotte de Massabielle le long du Gave, elle aperçut dans le creux du rocher « une dame vêtue de blanc (dit-elle) : elle portait une robe blanche, un voile blanc également, une ceinture bleue et une rose jaune sur chaque pied ». Elle ignorait alors que c'était la Mère de Dieu. 

La prière familiale commence et Bernadette répète comme chaque soir le “je vous salue Marie”. Cette fois-ci, elle fond en larme. En effet tout s’éclaire dans son cœur. Dans la simplicité de la prière du soir, cachée, discrète et ordinaire, son cœur perçoit la même présence qu’à la grotte. La vision de l’apparition lui a ouvert les yeux du cœur. Plus jamais elle ne vivra la prière comme avant. Magnifique révélation !

Cette pédagogie est bien celle de Dieu, Jésus la pratique avec ses disciples. Il emmène Pierre, Jacques et Jean pour voir ce qu’on peine tant à voir. Lui qui a guéri tant d’aveugles s’occupe maintenant de son petit cercle rapproché. Les illusions sont parfois tenaces, on est souvent enfermé dans un regard matériel sur nous et le monde qui nous entoure, comme s’il était muet, comme s'il ne parlait pas, et qu’avec lui aucun dialogue ne pouvait être établi, un monde sourd, étymologiquement “absurde” ! Le monde qui nous entoure, la création tout entière, les plantes, les animaux, les rochers, les astres, l’homme et la femme méritent d’être regardés dans leur totalité.

« Que l’homme contemple donc la nature entière comme un grand livre toujours ouvert devant lui et les lettres de ce livre, ce sont les choses visibles ; mais il faut qu’il ait une connaissance des choses invisibles pour bien entendre ce qu’il voit. » (Pascal)

Le monde coupé de l’invisible n’a pas de sens « L’essentiel est invisible pour les yeux ; on ne voit bien qu’avec le cœur. », rappelait le renard au petit Prince.

Et St Paul, dont les écailles étaient tombées des yeux, rappelait avec insistance aux habitants de Corinthe « Et notre regard ne s’attache pas à ce qui se voit, mais à ce qui ne se voit pas ; ce qui se voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel. » (2 Co 4, 18)

Les disciples ont donc une vision sur le mont Thabor, ils vont voir un instant que Jésus est Dieu, “Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements,” blancs comme la lumière. En présence de Jésus, ils sont en présence de Dieu. En Jésus, Dieu s’est uni à notre humanité, et donc à chacun de nous. Pierre le comprend clairement, il veut planter 3 tentes, lieu de rencontre entre Dieu et les hommes. 

  Une vision est toujours donnée pour nous apprendre à voir, pour retrouver la vue du cœur, elle est une pédagogie, un signe...Il ne s'agit pas de s'arrêter à la vision mais de retrouver la vue. Pierre aurait bien aimé planter sa tente et rester sur place, mais il a fallu redescendre de la montagne pour aller “voir” dans le plat pays de notre quotidien ! C’est cela la foi.

Durant cette messe, quelques catéchumènes qui seront baptisés dans la nuit de Pâques, vont recevoir le Credo. Les mystères de la foi qui nous y sont révélés nous dévoilent l’étonnante proximité de Dieu. Comme l’ont vu les apôtres sur la montagne, notre nature humaine est désormais divine en Jésus. “le royaume de Dieu est au milieu de (nous)”. Malheureusement, force est de constater combien nous sommes coupés de nous-même, en exil de nous-même...et que nous avons besoin de nous ouvrir à cette présence divine, de sortir de nos gangues et de nos chrysalides, de naître de nouveau. Au cœur de le la vision vécue par les apôtres le jour de la Transfiguration, nous est donnée la clé pour le chemin : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! ». Ecouter avec tout notre être, recevoir, ouvrir notre cœur. Comme le “Ecoute Israël”, qui inaugure les commandements. 

Profitons de ce temps privilégié du Carême pour nous y mettre : Cela peut se faire simplement, chaque matin. Je prends un passage de l'évangile du jour, je le lis comme ma propre vie, animé du désir d’y entendre Dieu me parler. Vous verrez combien cette ouverture matinale du cœur vous disposera à l’entendre à travers tout ce que vous vivrez durant la journée. Dieu se sert de tout pour nous parler, il fait feu de tout bois...pour peu que nous apprenions à l’écouter !


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